— Je suis surpris, dit le roi d’une voix sombre, que vous n’ayez pas tout de suite suivi la fortune de celui que M. Fouquet voulait mettre sur mon trône. Vous aviez là tout ce qu’il vous faut: affection et reconnaissance. À mon service, monsieur, on trouve un maître.
— Si M. Fouquet ne vous fût pas allé chercher à la Bastille, Sire, répliqua d’Artagnan d’une voix fortement accentuée, un seul homme y fût allé, et, cet homme, c’est moi; vous le savez bien, Sire.
Le roi s’arrêta. Devant cette parole si franche, si vraie, de son capitaine des mousquetaires, il n’y avait rien à objecter. Le roi, en entendant d’Artagnan, se rappela le d’Artagnan d’autrefois, celui qui, au Palais-Royal, se tenait caché derrière les rideaux de son lit, quand le peuple de Paris, conduit par le cardinal de Retz, venait s’assurer de la présence du roi; d’Artagnan qu’il saluait de la main à la portière de son carrosse, lorsqu’il se rendait à Notre-Dame en rentrant à Paris; le soldat qui l’avait quitté à Blois; le lieutenant qu’il avait appelé près de lui, quand la mort de Mazarin lui rendait le pouvoir; l’homme qu’il avait toujours trouvé loyal, courageux et dévoué.
Louis s’avança vers la porte, et appela Colbert.
Colbert n’avait pas quitté le corridor où travaillaient les secrétaires. Colbert parut.
— Colbert, vous avez fait faire une perquisition chez M. Fouquet?
— Oui, Sire.
— Qu’a-t-elle produit?
— M. de Roncherat, envoyé avec les mousquetaires de Votre Majesté, m’a remis des papiers, répliqua Colbert.
— Je les verrai... Vous allez me donner votre main.