— Où est M. Fouquet en ce moment? demanda Louis après un moment de silence.
— M. Fouquet, Sire, répondit d’Artagnan, est dans la cage de fer que M. Colbert lui a fait préparer, et roule au galop de quatre vigoureux chevaux sur la route d’Angers.
— Pourquoi l’avez-vous quitté en route?
— Parce que Sa Majesté ne m’avait pas dit d’aller à Angers. La preuve, la meilleure preuve de ce que j’avance, c’est que le roi me cherchait tout à l’heure... Et puis j’avais une autre raison.
— Laquelle?
— Moi étant là, ce pauvre M. Fouquet n’eût jamais tenté de s’évader.
— Eh bien? s’écria le roi avec stupéfaction.
— Votre Majesté doit comprendre, et comprend certainement, que mon plus vif désir est de savoir M. Fouquet en liberté. Je l’ai donné à un de mes brigadiers, le plus maladroit que j’aie pu trouver parmi mes mousquetaires, afin que le prisonnier se sauve.
— Êtes-vous fou, monsieur d’Artagnan? s’écria le roi en croisant les bras sur sa poitrine; dit-on de pareilles énormités quand on a le malheur de les penser?
— Ah! Sire, vous n’attendez pas sans doute de moi que je sois l’ennemi de M. Fouquet, après ce qu’il vient de faire pour moi et pour vous? Non, ne me le donnez jamais à garder si vous tenez à ce qu’il reste sous les verrous; si bien grillée que soit la cage, l’oiseau finirait par s’envoler.