L’ordre, donné par Porthos, fut exécuté à l’instant même.

Alors d’Artagnan, se tournant vers celui qui le suivait:

— Monsieur, lui dit-il, nous ne sommes plus ici sur la flotte du roi, où, en vertu de vos ordres, vous me parliez si arrogamment tout à l’heure.

— Monsieur, répondit l’officier, je ne vous parlais pas arrogamment; j’obéissais simplement, mais rigoureusement, à ce qui m’a été commandé. On m’a dit de vous suivre, je vous suis. On m’a dit de ne pas vous laisser communiquer avec qui que ce soit sans prendre connaissance de ce que vous feriez: je me mêle à vos communications.

D’Artagnan frémit de colère, et Porthos et Aramis qui entendaient ce dialogue, frémirent aussi, mais d’inquiétude et de crainte.

D’Artagnan, mâchant sa moustache avec cette vivacité qui décelait en lui l’état d’une exaspération la plus voisine d’un éclat terrible, se rapprocha de l’officier.

— Monsieur, dit-il d’une voix plus basse et d’autant plus accentuée, qu’elle affectait un calme profond et se gonflait de tempête, monsieur, quand j’ai envoyé un canot ici, vous avez voulu savoir ce que j’écrivais aux défenseurs de Belle-Île. Vous m’avez montré un ordre; à l’instant même, à mon tour, je vous ai montré le billet que j’écrivais. Quand le patron de la barque envoyée par moi fut de retour, quand j’ai reçu la réponse de ces deux messieurs et il désignait de la main à l’officier Aramis et Porthos, vous avez entendu jusqu’au bout le discours du messager. Tout cela était bien dans vos ordres; tout cela est bien suivi, bien exécuté, bien ponctuel, n’est-ce pas?

— Oui, monsieur, balbutia l’officier; oui, sans doute, monsieur... mais...

— Monsieur, continua d’Artagnan en s’échauffant, monsieur, quand j’ai manifesté l’intention de quitter mon bord pour passer à Belle-Île, vous avez exigé de m’accompagner; je n’ai point hésité: je vous ai emmené. Vous êtes bien à Belle-Île, n’est-ce pas?

— Oui, monsieur; mais...