— Mais... il ne s’agit plus de M. Colbert, qui vous a fait tenir cet ordre, ou de qui que ce soit au monde, dont vous suivez les instructions: il s’agit ici d’un homme qui gêne M. d’Artagnan, et qui se trouve avec M. d’Artagnan seul, sur les marches d’un escalier, que baignent trente pieds d’eau salée; mauvaise position pour cet homme, mauvaise position, monsieur! je vous en avertis.

— Mais, monsieur, si je vous gêne, dit timidement et presque craintivement l’officier, c’est mon service qui...

— Monsieur vous avez eu le malheur, vous ou ceux qui vous envoient, de me faire une insulte. Elle est faite. Je ne peux m’en prendre à ceux qui vous cautionnent; ils me sont inconnus, ou sont trop loin. Mais vous vous trouvez sous ma main, et je jure Dieu que, si vous faites un pas derrière moi, quand je vais lever le pied pour monter auprès de ces messieurs... je jure mon nom que je vous fends la tête d’un coup d’épée, et que je vous jette à l’eau. Oh! il arrivera ce qu’il arrivera. Je ne me suis jamais mis que six fois en colère dans ma vie, monsieur, et les cinq fois qui ont précédé celle-ci, j’ai tué mon homme.

L’officier ne bougea pas; il pâlit sous cette terrible menace, et répondit avec simplicité:

— Monsieur, vous avez tort d’aller contre ma consigne.

Porthos et Aramis, muets et frissonnants en haut du parapet, crièrent au mousquetaire:

— Cher d’Artagnan, prenez garde!

D’Artagnan les fit taire du geste, leva son pied avec un calme effrayant pour gravir une marche, et se retourna l’épée à la main, pour voir si l’officier le suivrait.

L’officier fit un signe de croix et marcha.

Porthos et Aramis, qui connaissaient leur d’Artagnan, poussèrent un cri et se précipitèrent pour arrêter le coup qu’ils croyaient déjà entendre.