— Messieurs, je vous en supplie, n’entrez pas!

— Mais tu es bien entré, toi?

Alors, un des officiers qui, d’un âge plus mûr que les autres, était resté en arrière jusque-là et n’avait rien dit, s’avança:

— Messieurs, dit-il d’un ton calme qui contrastait avec l’animation des jeunes gens, il y a là-dedans quelqu’un ou quelque chose qui n’est pas le diable, mais qui, quel qu’il soit, a eu assez de pouvoir pour faire taire nos chiens. Il faut savoir quel est ce quelqu’un ou ce quelque chose.

Biscarrat tenta un dernier effort pour arrêter ses amis; mais ce fut un effort inutile. Vainement il se jeta au-devant des plus téméraires; vainement il se cramponna aux roches pour barrer le passage, la foule des jeunes gens fit irruption dans la caverne, sur les pas de l’officier qui avait parlé le dernier, mais qui, le premier, s’était élancé l’épée à la main pour affronter le danger inconnu.

Biscarrat, repoussé par ses amis, ne pouvant les accompagner, sous peine de passer aux yeux de Porthos et d’Aramis pour un traître et un parjure, alla, l’oreille tendue et les mains encore suppliantes, s’appuyer contre les parois rugueuses d’un rocher, qu’il jugeait devoir être exposé au feu des mousquetaires.

Quant aux gardes, ils pénétraient de plus en plus avec des cris qui s’affaiblissaient à mesure qu’ils s’enfonçaient dans le souterrain.

Tout à coup, une décharge de mousqueterie, grondant comme un tonnerre, éclata sous les voûtes.

Deux ou trois balles vinrent s’aplatir sur le rocher auquel s’appuyait Biscarrat.

Au même instant, des soupirs, des hurlements et des imprécations s’élevèrent, et cette petite troupe de gentilshommes reparut, quelques-uns pâles, quelques-uns sanglants, tous enveloppés d’un nuage de fumée que l’air extérieur semblait aspirer du fond de la caverne.