— Monsieur, répliqua-t-il, on n’a donné des ordres qu’aux gens qu’on a jugés fidèles.
— Aussi m’étonné-je, Sire, riposta le mousquetaire, qu’un capitaine comme moi, qui a valeur de maréchal de France, se soit trouvé sous les ordres de cinq ou six lieutenants ou majors, bons à faire des espions, c’est possible, mais nullement bons à conduire des expéditions de guerre. Voilà sur quoi je venais demander à Votre Majesté des explications, lorsque la porte m’a été refusée; ce qui, dernier outrage fait à un brave homme, m’a conduit à quitter le service de Votre Majesté.
— Monsieur, repartit le roi, vous croyez toujours vivre dans un siècle où les rois étaient, comme vous vous plaignez de l’avoir été, sous les ordres et à la discrétion de leurs inférieurs. Vous me paraissez trop oublier qu’un roi ne doit compte qu’à Dieu de ses actions.
— Je n’oublie rien du tout, Sire, fit le mousquetaire, blessé à son tour de la leçon. D’ailleurs, je ne vois pas en quoi un honnête homme, quand il demande au roi en quoi il l’a mal servi, l’offense.
— Vous m’avez mal servi, monsieur, en prenant le parti de mes ennemis contre moi.
— Quels sont vos ennemis, Sire?
— Ceux que je vous envoyais combattre.
— Deux hommes! ennemis de l’armée de Votre Majesté! Ce n’est pas croyable, Sire.
— Vous n’avez point à juger mes volontés.
— J’ai à juger mes amitiés, Sire.