— Qui sert ses amis ne sert pas son maître.
— Je l’ai si bien compris, Sire, que j’ai offert respectueusement ma démission à Votre Majesté.
— Et je l’ai acceptée, monsieur, dit le roi. Avant de me séparer de vous, j’ai voulu vous prouver que je savais tenir ma parole.
— Votre Majesté a tenu plus que sa parole; car Votre Majesté m’a fait arrêter, dit d’Artagnan de son air froidement railleur; elle ne me l’avait pas promis.
Le roi dédaigna cette plaisanterie, et, venant au sérieux:
— Voyons, monsieur, dit-il, à quoi votre désobéissance m’a forcé.
— Ma désobéissance? s’écria d’Artagnan rouge de colère.
— C’est le nom le plus doux que j’ai trouvé, poursuivit le roi. Mon idée, à moi, était de prendre et de punir des rebelles; avais-je à m’inquiéter si les rebelles étaient vos amis?
— Mais j’avais à m’en inquiéter, moi, répondit d’Artagnan. C’était une cruauté à Votre Majesté de m’envoyer prendre mes amis pour les amener à vos potences.
— C’était, monsieur, une épreuve que j’avais à faire sur les prétendus serviteurs qui mangent mon pain et doivent défendre ma personne. L’épreuve a mal réussi, monsieur d’Artagnan.