Alors s’élevèrent des voix lamentables qui gémirent sans mesure et emplirent de regrets et de prières la chambre où ce père agonisant cherchait des yeux le portrait de son fils.

Ce fut pour Athos comme la transition qui le conduisit à son rêve.

Sans pousser un cri, sans verser une larme, patient, doux et résigné comme les martyrs, il leva les yeux au ciel afin d’y revoir, s’élevant au-dessus de la montagne de Djidgelli, l’ombre chère qui s’éloignait de lui au moment où Grimaud était arrivé.

Sans doute, en regardant au ciel, en reprenant son merveilleux songe, il repassa par les mêmes chemins où la vision à la fois si terrible et si douce l’avait conduit naguère; car, après avoir fermé doucement les yeux; il les rouvrit et se mit à sourire: il venait de voir Raoul qui lui souriait à son tour.

Les mains jointes sur sa poitrine, le visage tourné vers la fenêtre, baigné par l’air frais de la nuit qui apportait à son chevet les arômes des fleurs et des bois, Athos entra pour n’en plus sortir, dans la contemplation de ce paradis que les vivants ne voient jamais.

Dieu voulut sans doute ouvrir à cet élu les trésors de la béatitude éternelle, à l’heure où les autres hommes tremblent d’être sévèrement reçus par le Seigneur, et se cramponnent à cette vie qu’ils connaissent, dans la terreur de l’autre vie qu’ils entrevoient aux sombres et sévères flambeaux de la mort.

Athos était guidé par l’âme pure et sereine de son fils, qui aspirait l’âme paternelle. Tout pour ce juste fut mélodie et parfum, dans le rude chemin que prennent les âmes pour retourner dans la céleste patrie.

Après une heure de cette extase, Athos éleva doucement ses mains blanches comme la cire; le sourire ne quitta point ses lèvres, et il murmura, si bas, si bas qu’à peine on l’entendit, ces deux mots adressés à Dieu ou à Raoul:

Me voici!

Et ses mains retombèrent lentement comme si lui-même les eût reposées sur le lit.