La mort avait été commode et caressante à cette noble créature. Elle lui avait épargné les déchirements de l’agonie, les convulsions du départ suprême; elle avait ouvert d’un doigt favorable les portes de l’éternité à cette grande âme digne de tous ses respects.
Dieu l’avait sans doute ordonné ainsi, pour que le souvenir pieux de cette mort si douce restât dans le cœur des assistants et dans la mémoire des autres hommes, trépas qui fit aimer le passage de cette vie à l’autre à ceux dont l’existence sur cette terre ne peut faire redouter le jugement dernier.
Athos garda même dans l’éternel sommeil ce sourire placide et sincère, ornement qui devait l’accompagner dans le tombeau. La quiétude de ses traits, le calme de son néant, firent douter longtemps ses serviteurs qu’il eût quitté la vie.
Les gens du comte voulurent emmener Grimaud, qui, de loin, dévorait ce visage pâlissant et n’approchait point, dans la crainte pieuse de lui apporter le souffle de la mort. Mais Grimaud, tout fatigué qu’il était, refusa de s’éloigner. Il s’assit sur le seuil, gardant son maître avec la vigilance d’une sentinelle, et jaloux de recueillir son premier regard au réveil, son dernier soupir à la mort.
Les bruits s’éteignaient dans toute la maison, et chacun respectait le sommeil du seigneur. Mais Grimaud, en prêtant l’oreille, s’aperçut que le comte ne respirait plus.
Il se souleva, ses mains appuyées sur le sol, et, de sa place, regarda s’il ne s’éveillerait pas un tressaillement dans le corps de son maître.
Rien! la peur le prit; il se leva tout à fait, et, au même moment, il entendit marcher dans l’escalier; un bruit d’éperons heurtés par une épée, son belliqueux, familier à ses oreilles, l’arrêta comme il allait marcher vers le lit d’Athos. Une voix plus vibrante encore que le cuivre et l’acier retentit à trois pas de lui.
— Athos! Athos! mon ami! criait cette voix émue jusqu’aux larmes.
— Monsieur le chevalier d’Artagnan! balbutia Grimaud.
— Où est-il? continua le mousquetaire.