Il avait oublié l’heure en songeant aux morts.
Il se leva du banc de chêne sur lequel il s’était assis dans la chapelle, et voulut, comme le prêtre, aller dire un dernier adieu à la double fosse qui renfermait ses amis perdus.
Une femme priait agenouillée sur cette terre humide.
D’Artagnan s’arrêta au seuil de la chapelle pour ne pas troubler cette femme, et aussi pour tâcher de voir quelle était l’amie pieuse qui venait remplir ce devoir sacré avec tant de zèle et de persévérance.
L’inconnue cachait son visage sous ses mains, blanches comme des mains d’albâtre. À la noble simplicité de son costume on devinait la femme de distinction. Au-dehors, plusieurs chevaux montés par des valets et un carrosse de voyage attendaient cette dame. D’Artagnan cherchait vainement à deviner ce qui la regardait.
Elle priait toujours; elle passait souvent son mouchoir sur son visage. D’Artagnan comprit qu’elle pleurait.
Il la vit frapper sa poitrine avec la componction impitoyable de la femme chrétienne. Il l’entendit proférer à plusieurs reprises ce cri parti d’un cœur ulcéré: «Pardon! pardon!»
Et comme elle semblait s’abandonner tout entière à sa douleur, comme elle se renversait, à demi évanouie, au milieu de ses plaintes et de ses prières, d’Artagnan, touché par cet amour pour ses amis tant regrettés, fit quelques pas vers la tombe, afin d’interrompre le sinistre colloque de la pénitente avec les morts.
Mais aussitôt que son pied eut crié sur le sable, l’inconnue releva la tête et laissa voir à d’Artagnan un visage inondé de larmes, un visage ami.
C’était Mlle de La Vallière!