— Marchons toujours, dit-il. Quand il en sera temps, Dieu me le dira comme il l’a dit aux autres.
Il toucha du bout des doigts la terre mouillée par la rosée du soir, se signa comme s’il eût été au bénitier d’une église et reprit seul, seul à jamais, le chemin de Paris.
Chapitre CCLXVII — Épilogue
Quatre ans après la scène que nous venons de décrire, deux cavaliers bien montés traversèrent Blois au petit jour et vinrent tout ordonner pour une chasse à l’oiseau que le roi voulait faire dans cette plaine accidentée que coupe en deux la Loire, et qui confine d’un côté à Meung, de l’autre à Amboise.
C’était le capitaine des levrettes du roi et le gouverneur des faucons, personnages fort respectés du temps de Louis XIII, mais un peu négligés par son successeur.
Ces deux cavaliers, après avoir reconnu le terrain, s’en revenaient, leurs observations faites, quand ils aperçurent des petits groupes de soldats épars que des sergents plaçaient de loin en loin, aux débouchés des enceintes. Ces soldats étaient les mousquetaires du roi.
Derrière eux venait, sur un bon cheval, le capitaine, reconnaissable à ses broderies d’or. Il avait des cheveux gris, une barbe grisonnante. Il semblait un peu voûté, bien que maniant son cheval avec aisance, et regardait tout autour de lui pour surveiller.
— M. d’Artagnan ne vieillit pas, dit le capitaine des levrettes à son collègue le fauconnier; avec dix ans de plus que nous, il paraît un cadet, à cheval.
— C’est vrai, répondit le capitaine des faucons, voilà vingt ans que je le vois toujours le même.
Cet officier se trompait: d’Artagnan, depuis quatre ans, avait pris douze années.