L’âge imprimait ses griffes impitoyables à chaque angle de ses yeux; son front s’était dégarni, ses mains, jadis brunes et nerveuses, blanchissaient comme si le sang commençait à s’y refroidir.
D’Artagnan aborda les deux officiers avec la nuance d’affabilité qui distingue les hommes supérieurs. Il reçut en échange de sa courtoisie deux saluts pleins de respect.
— Ah! quelle heureuse chance de vous voir ici, monsieur d’Artagnan! s’écria le fauconnier.
— C’est plutôt à moi de vous dire cela, messieurs, répliqua le capitaine, car, de nos jours, le roi se sert plus souvent de ses mousquetaires que de ses oiseaux.
— Ce n’est pas comme au bon temps, soupira le fauconnier. Vous rappelez-vous, monsieur d’Artagnan, quand le feu roi volait la pie dans les vignes au-delà de Beaugency? Ah! dame! vous n’étiez pas capitaine des mousquetaires dans ce temps-là, monsieur d’Artagnan.
— Et vous n’étiez qu’anspessades des tiercelets, reprit d’Artagnan avec enjouement. Il n’importe, mais c’était le bon temps, attendu que c’est toujours le bon temps quand on est jeune... Bonjour, monsieur le capitaine des levrettes!
— Vous me faites honneur, monsieur le comte, dit celui-ci.
D’Artagnan ne répondit rien. Ce titre de comte ne l’avait pas frappé: d’Artagnan était devenu comte depuis quatre ans.
— Est-ce que vous n’êtes pas bien fatigué de la longue route que vous venez de faire, monsieur le capitaine? continua le fauconnier. C’est deux cents lieues, je crois qu’il y a d’ici à Pignerol?
— Deux cent soixante pour aller et autant pour revenir, dit tranquillement d’Artagnan.