Après avoir essuyé cette verte mercuriale, le capitaine des chiens de Sa Majesté baissa le nez et laissa le fauconnier gagner deux pas sur lui auprès de d’Artagnan.

— Il est content, dit le fauconnier bas au mousquetaire; on voit bien que les lévriers sont à la mode aujourd’hui; s’il était fauconnier, il ne parlerait pas de même.

D’Artagnan sourit mélancoliquement de voir cette grande question politique résolue par le mécontentement d’un intérêt si humble; il pensa encore un moment à cette belle existence du surintendant, à l’écroulement de sa fortune, à la mort lugubre qui l’attendait, et, pour conclure:

— M. Fouquet, dit-il, aimait les volières?

— Oh! monsieur, passionnément, reprit le fauconnier avec un accent de regret amer et un soupir qui fut l’oraison funèbre de Fouquet.

D’Artagnan laissa passer la mauvaise humeur de l’un et la tristesse de l’autre, et continua de s’avancer dans la plaine.

On voyait déjà au loin les chasseurs poindre aux issues du bois, les panaches des écuyères passer comme des étoiles filantes les clairières, et les chevaux blancs couper de leurs lumineuses apparitions les sombres fourrés des taillis.

— Mais, reprit d’Artagnan, nous ferez-vous une longue chasse? Je vous prierai de nous donner l’oiseau bien vite, je suis très fatigué. Est-ce un héron, est-ce un cygne?

— L’un et l’autre, monsieur d’Artagnan, dit le fauconnier; mais ne vous inquiétez pas, le roi n’est pas connaisseur; il ne chasse pas pour lui; il veut seulement donner le divertissement aux dames.

Ce mot aux dames fut accentué de telle sorte qu’il fit dresser l’oreille à d’Artagnan.