— Ah! comte, dit-il, vous voilà donc revenu. Pourquoi ne vous ai-je pas vu?

— Sire, répondit le capitaine, parce que Votre Majesté dormait quand je suis arrivé, et qu’elle n’était pas éveillée quand j’ai pris mon service ce matin.

— Toujours le même, dit à haute voix Louis satisfait. Reposez-vous, comte, je vous l’ordonne. Vous dînerez avec moi aujourd’hui.

Un murmure d’admiration enveloppa d’Artagnan comme une immense caresse. Chacun s’empressait autour de lui. Dîner avec le roi, c’était un honneur que Sa Majesté ne prodiguait pas comme Henri IV. Le roi fit quelques pas en avant, et d’Artagnan se sentit arrêté par un nouveau groupe au milieu duquel brillait Colbert.

— Bonjour, monsieur d’Artagnan, lui dit le ministre avec une affable politesse; avez-vous fait bonne route?

— Oui, monsieur, dit d’Artagnan en saluant sur le cou de son cheval.

— J’ai entendu le roi vous inviter à sa table pour ce soir, continua le ministre, et vous y trouverez un ancien ami à vous.

— Un ancien ami à moi? demanda d’Artagnan, plongeant avec douleur dans les flots sombres du passé, qui avaient englouti pour lui tant d’amitiés et tant de haines.

— M. le duc d’Alaméda, qui est arrivé ce matin d’Espagne, reprit Colbert.

— Le duc d’Alaméda? fit d’Artagnan en cherchant.