Borromée fit trois pas en avant. Loignac poussa son cheval droit à ce moine, qui semblait sous sa robe de laine lui offrir le combat.
Mais Borromée, en homme de tête, vit que tout était perdu, et prit à l'instant même son parti.
— Place! place! cria rudement Loignac, place au roi!
Borromée, qui avait tiré son épée sous sa robe, remit sous sa robe son épée au fourreau.
Gorenflot, électrisé par les cris, par le bruit des armes, ébloui par le flamboiement des torches, étendit sa dextre puissante, et l'index et le médium étendus, bénit le roi du haut de son balcon.
Henri, qui se penchait à la portière, le vit et le salua en souriant.
Ce sourire, preuve authentique de la faveur dont le digne prieur des jacobins jouissait en cour, électrisa Gorenflot, qui entonna à son tour un: Vive le roi! avec des poumons capables de soulever les arceaux d'une cathédrale.
Mais le reste du couvent resta muet. En effet, il attendait une tout autre solution à ces deux mois de manoeuvres et à cette prise d'armes qui en avait été la suite.
Mais Borromée, en véritable reître qu'il était, avait d'un coup d'oeil calculé le nombre des défenseurs du roi, reconnu leur maintien guerrier. L'absence des partisans de la duchesse lui révélait le sort fatal de l'entreprise: hésiter à se soumettre, c'était tout perdre.
Il n'hésita plus, et au moment où le poitrail du cheval de Loignac allait le heurter, il cria: Vive le roi! d'une voix presque aussi sonore que venait de le faire Gorenflot.