—Ne puis-je donc être bonne à rien à Votre Majesté? dit tout à coup une voix pleine de douceur et de pitié.
La reine se retourna vivement, car il n’y avait pas à se tromper à l’expression de cette voix: c’était une amie qui parlait ainsi.
En effet, à l’une des portes qui donnaient dans l’appartement de la reine apparut la jolie madame Bonacieux; elle était occupée à ranger les robes et le linge dans un cabinet, lorsque le roi était entré; elle n’avait pas pu sortir et avait tout entendu.
La reine poussa un cri en se voyant surprise, car dans son trouble elle ne reconnut pas d’abord la jeune femme qui lui avait été donnée par La Porte.
—Oh! ne craignez rien, madame, dit la jeune femme en joignant les mains et en pleurant elle-même des angoisses de la reine; je suis à Votre Majesté corps et âme, et si loin que je sois d’elle, si inférieure que soit ma position, je crois que j’ai trouvé un moyen de tirer Votre Majesté de peine.
—Vous! ô ciel! vous! s’écria la reine; mais voyons, regardez-moi en face. Je suis trahie de tous côtés; puis-je me fier à vous?
—Oh! madame! s’écria la jeune femme en tombant à genoux: sur mon âme, je suis prête à mourir pour Votre Majesté!
Ce cri était sorti du plus profond du cœur, et, comme le premier, il n’y avait pas à se tromper.
—Oui, continua madame Bonacieux, oui, il y a des traîtres ici; mais, par le saint nom de la Vierge, je vous jure que personne n’est plus dévoué que moi à Votre Majesté. Ces ferrets que le roi demande, vous les avez donnés au duc de Buckingham, n’est-ce pas? Ces ferrets étaient enfermés dans une petite boîte en bois de rose qu’il tenait sous son bras? Est-ce que je me trompe? Est-ce que ce n’est pas cela?
—Oui.