—Oui! oui, madame; il le faut, et je sauverai tout cela, moi!
—Mais comment? dites-le-moi, au moins.
—Mon mari a été remis en liberté il y a deux ou trois jours, je n’ai pas encore eu le temps de le revoir. C’est un brave et honnête homme qui n’a ni haine ni amour pour personne. Il fera ce que je voudrai: il partira sur un ordre de moi, sans savoir ce qu’il porte, et il remettra la lettre de Votre Majesté, sans même savoir qu’elle est de Votre Majesté, à l’adresse qu’elle indiquera.
La reine prit les deux mains de la jeune femme avec un élan passionné, la regarda comme pour lire au fond de son cœur, et ne voyant que sincérité dans ses beaux yeux, elle l’embrassa tendrement.
—Fais cela, s’écria-t-elle, et tu m’auras sauvé la vie, tu m’auras sauvé l’honneur!
—Oh! n’exagérez pas le service que j’ai le bonheur de vous rendre; je n’ai rien à sauver à Votre Majesté, qui est seulement victime de perfides complots.
—C’est vrai, c’est vrai, mon enfant, dit la reine, et tu as raison.
—Donnez-moi donc cette lettre, madame, le temps presse.
La reine courut à une petite table sur laquelle se trouvaient encre, papier et plumes; elle écrivit deux lignes, cacheta la lettre de son cachet et la remit à madame Bonacieux.
—Et maintenant, dit la reine, nous oublions une chose bien nécessaire.