Les Anglais, convaincus, remirent en grommelant leurs épées au fourreau. On leur raconta l’histoire de l’emprisonnement d’Athos. Et comme ils étaient bons gentilshommes, ils donnèrent tort à l’hôtelier.
—Maintenant, messieurs, dit d’Artagnan, remontez chez vous, et, dans dix minutes, je vous réponds qu’on vous y portera tout ce que vous pourrez désirer.
Les Anglais saluèrent et sortirent.
—Maintenant que je suis seul, mon cher Athos, dit d’Artagnan, ouvrez-moi la porte, je vous en prie.
—A l’instant même, dit Athos.
Alors on entendit un grand bruit de fagots entre-choqués et de poutres gémissantes: c’étaient les contrescarpes et les bastions d’Athos, que l’assiégé démolissait lui-même.
Un instant après la porte s’ébranla, et l’on vit paraître la tête pâle d’Athos qui, d’un coup d’œil rapide, explorait les environs.
D’Artagnan se jeta à son cou et l’embrassa tendrement; puis il voulut l’entraîner hors de ce séjour humide, alors seulement il s’aperçut qu’Athos chancelait.
—Vous êtes blessé? lui dit-il.
—Moi! pas le moins du monde; je suis ivre mort, voilà tout, et jamais homme n’a mieux fait ce qu’il fallait pour cela. Vive Dieu, mon hôte! il faut que j’en aie bu au moins pour ma part cent cinquante bouteilles.