— De sorte, Monseigneur, que Votre Altesse est mécontente? dit
Athos en échangeant un regard avec Aramis.

— Mécontente, comte! dites que Mon Altesse est furieuse. C'est au point, tenez, je le dis à vous, je ne le dirais point à d'autres, c'est au point que si la reine, reconnaissant ses torts envers moi, rappelait ma mère exilée et me donnait la survivance de l'amirauté, qui est à monsieur mon père et qui m'a été promise à sa mort, eh bien! je ne serais pas bien éloigné de dresser des chiens à qui j'apprendrais à dire qu'il y a encore en France de plus grands voleurs que M. de Mazarin.

Ce ne fut plus un regard seulement, ce furent un regard et un sourire qu'échangèrent Athos et Aramis; et ne les eussent-ils pas rencontrés, ils eussent deviné que MM. de Châtillon et de Flamarens avaient passé par là. Aussi ne soufflèrent-ils pas mot de la présence à Paris de M. de Mazarin.

— Monseigneur, dit Athos, nous voilà satisfaits. Nous n'avions, en venant à cette heure chez Votre Altesse, d'autre but que de faire preuve de notre dévouement, et de lui dire que nous nous tenions à sa disposition comme ses plus fidèles serviteurs.

— Comme mes plus fidèles amis, messieurs, comme mes plus fidèles amis! vous l'avez prouvé; et si jamais je me raccommode avec la cour, je vous prouverai, je l'espère, que moi aussi je suis resté votre ami ainsi que celui de ces messieurs; comment diable les appelez-vous, d'Artagnan et Porthos?

— D'Artagnan et Porthos.

— Ah! oui, c'est cela. Ainsi donc, vous comprenez, comte de La Fère, vous comprenez, chevalier d'Herblay, tout et toujours à vous.

Athos et Aramis s'inclinèrent et sortirent.

— Mon cher Athos, dit Aramis, je crois que vous n'avez consenti à m'accompagner, Dieu me pardonne! que pour me donner une leçon?

— Attendez donc, mon cher, dit Athos, il sera temps de vous en apercevoir quand nous sortirons de chez le coadjuteur.