D'Artagnan examinait la chambre.

Jamais il n'avait vu appartement plus guerrier à la fois et plus élégant. À chaque angle étaient des trophées d'armes offrant à la vue et à la main des épées de toutes sortes, et quatre grands tableaux représentaient dans leurs costumes de bataille le cardinal de Lorraine, le cardinal de Richelieu, le cardinal de La Valette et l'archevêque de Bordeaux. Il est vrai qu'au surplus rien n'indiquait la demeure d'un abbé; les tentures étaient de damas, les tapis venaient d'Alençon et le lit surtout avait plutôt l'air du lit d'une petite-maîtresse, avec sa garniture de dentelle et son couvre-pied, que de celui d'un homme qui avait fait voeu de gagner le ciel par l'abstinence et la macération.

— Vous regardez mon bouge, dit Aramis. Ah! mon cher, excusez-moi. Que voulez-vous! je suis logé comme un chartreux. Mais que cherchez-vous des yeux?

— Je cherche qui vous a jeté l'échelle; je ne vois personne, et cependant l'échelle n'est pas venue toute seule.

— Non, c'est Bazin.

— Ah! ah! fit d'Artagnan.

— Mais, continua Aramis, monsieur Bazin est un garçon bien dressé, qui, voyant que je ne rentrais pas seul, se sera retiré par discrétion. Asseyez-vous, mon cher, et causons.

Et Aramis poussa à d'Artagnan un large fauteuil, dans lequel celui-ci s'allongea en s'accoudant.

— D'abord, vous soupez avec moi, n'est-ce pas? demanda Aramis.

— Oui, si vous le voulez bien, dit d'Artagnan, et même ce sera avec grand plaisir, je vous l'avoue; la route m'a donné un appétit de diable.