— Mais par maître Bazin, qui vous a pris pour le diable, mon cher, et qui est accouru pour me prévenir du danger qui menaçait mon âme si je revoyais aussi mauvaise compagnie qu'un officier de mousquetaires.

— Oh! monsieur!… fit Bazin les mains jointes et d'un air suppliant.

— Allons, pas d'hypocrisies! vous savez que je ne les aime pas. Vous feriez bien mieux d'ouvrir la fenêtre et de descendre un pain, un poulet et une bouteille de vin à votre ami Planchet, qui s'extermine depuis une heure à frapper dans ses mains.

En effet, Planchet, après avoir donné la paille et l'avoine à ses chevaux, était revenu sous la fenêtre et avait répété deux ou trois foi le signal indiqué.

Bazin obéit, attacha au bout d'une corde les trois objets désignés et les descendit à Planchet, qui, n'en demandant pas davantage, se retira aussitôt sous le hangar.

— Maintenant soupons, dit Aramis.

Les deux amis se mirent à table, et Aramis commença à découper poulets, perdreaux et jambons avec une adresse toute gastronomique.

— Peste, dit d'Artagnan, comme vous vous nourrissez!

— Oui, assez bien. J'ai pour les jours maigres des dispenses de Rome que m'a fait avoir M. le coadjuteur à cause de ma santé; puis j'ai pris pour cuisinier l'ex-cuisinier de Lafollone, vous savez? l'ancien ami du cardinal, ce fameux, gourmand qui disait pour toute prière après son dîner: «Mon Dieu, faites-moi la grâce de bien digérer ce que j'ai si bien mangé.»

— Ce qui ne l'a pas empêché de mourir d'indigestion, dit en riant d'Artagnan.