Et ils s'écartèrent respectueusement pour laisser passer les envoyés du grand prince.
Une fois hors barrière, la route fut dévorée par ces gens qui ne connaissaient ni fatigue ni découragement; leurs chevaux volaient, et eux ne cessaient de parler d'Athos et d'Aramis.
Mousqueton souffrait tous les tourments imaginables, mais l'excellent serviteur se consolait en pensant que ses deux maîtres éprouvaient bien d'autres souffrances. Car il était arrivé à regarder d'Artagnan comme son second maître et lui obéissait même plus promptement et plus correctement qu'à Porthos.
Le camp était entre Saint-Omer et Lambres; les deux amis firent un crochet jusqu'au camp et apprirent en détail à l'armée la nouvelle de la fuite du roi et de la reine, qui était arrivée sourdement jusque-là. Ils trouvèrent Raoul près de sa tente, couché sur une botte de foin dont son cheval tirait quelques bribes à la dérobée. Le jeune homme avait les yeux rouges et semblait abattu. Le maréchal de Grammont et le comte de Guiche étaient revenus à Paris, et le pauvre enfant se trouvait isolé.
Au bout d'un instant Raoul leva les yeux et vit les deux cavaliers qui le regardaient; il les reconnut et courut à eux les bras ouverts.
— Oh! c'est vous, chers amis! s'écria-t-il, me venez-vous chercher? m'emmenez-vous avec vous? m'apportez-vous des nouvelles de mon tuteur?
— N'en avez-vous donc point reçu? demanda d'Artagnan au jeune homme.
— Hélas! non, monsieur, et je ne sais en vérité ce qu'il est devenu. De sorte, oh! de sorte que je suis inquiet à en pleurer.
Et effectivement deux grosses larmes roulaient sur les joues brunies du jeune homme.
Porthos détourna la tête pour ne pas laisser voir sur sa bonne grosse figure ce qui se passait dans son coeur.