Ces rayons si doux du soleil, était-ce le sourire d'un Dieu intelligent ou la douce et tranquille chaleur d'un astre insensible accomplissant son œuvre?

Elle interrogeait tout sur ce grand mystère du pardon: le globe lumineux qui s'avançait en pâlissants vers l'occident; le nuage qui s'empourprait en passant de ses derniers feux; la fleur qui poussait avant la feuille; tout, jusqu'au petit oiseau qui s'approchait d'elle dans ce moment de repos et de silence et qui s'éloignait d'elle à son moindre mouvement et à son plus léger soupir.

Nulle part n'était l'affirmation du bien et du mal, partout le doute.

Le que sais-je de Montaigne était jeté comme un voile sur toute la nature et s'étendait plus épais à chaque instant entre elle et l'avenir.

Une voix l'appela.

C'était celle de Marthe; la nuit était venue, quatre heures sonnaient, et Marthe, ponctuelle comme l'horloge elle-même, venait l'avertir que le dîner était servi.

C'était là que l'attendait une solitude plus grande. Souvent il arrivait que, plongé dans ses travaux, poursuivant un problème qu'il se croyait près de résoudre et qui lui échappait sans cesse, comme tout ce que l'homme croit tenir, Jacques faisait prier Éva de déjeuner seule et ne descendait point; mais, en ce cas, Jacques était toujours là, et Éva savait qu'un simple plancher la séparait de lui.

Mais à dîner Jacques était toujours présent, c'était sa véritable heure de jouissance, l'heure à laquelle il retrouvait Éva, séparée matériellement de lui par l'absence et intellectuellement par sa pensée qui s'arrêtait sur un travail nouveau et exigeant qui appelait toute son attention.

Alors il la revoyait des yeux, il la retrouvait du cœur, et son visage, comme celui d'un enfant, un instant troublé par l'étude, reprenait toute la sérénité du bonheur.

Il n'était plus là; ce n'était plus un travail absolu, mais sa volonté, qui le retenait loin d'elle. Reviendrait-il? Quand reviendrait-il? Avec quel sentiment reviendrait-il?