—Mère, dit-il, je te prends ta fille, mais je m'engage à la rendre heureuse.

—Mais où sommes-nous donc? demanda Éva en regardant tout autour d'elle et en voyant à travers les vitres des fenêtres étinceler les lumières d'Argenton.

—Tu es dans la maison du bois Joseph ou dans ta villa Scipion, comme tu aimeras mieux. Ta chambre à coucher, et tu devines au portrait de ta mère que c'est ta chambre à coucher à toi, est juste à l'endroit ou s'élevait la cabane du braconnier Joseph, qui est garde général de tes bois.

—Ah! dit Éva en se jetant au cou de Jacques, tu n'oublies rien, et de tous les souvenirs tu fais une chose sacrée.

On sait que par un corridor les deux chambres à coucher donnaient l'une dans l'autre. Mérey conduisit Éva de sa chambre à coucher dans la sienne.

Éva n'avait encore rien vu qui ressemblât à cela, c'était du Pompéi tout pur. Les peintures dont les murailles étaient couvertes l'occupèrent un instant, puis elle passa dans deux boudoirs qui semblaient des frères jumeaux tant ils étaient pareils l'un à l'autre, excepté par les tableaux dont l'un appartenait à l'école lombarde et l'autre à l'école florentine.

Puis venait une galerie garnie de tableaux appartenant à toutes les écoles.

La visite se termina par les deux salles à manger. Une table à deux couverts était servie dans la salle à manger d'été, et, comme on était aux plus beaux jours, les fenêtres en étaient ouvertes, et de l'endroit où l'on devait s'asseoir on voyait tout à la fois les fleurs, les feuilles des arbres et les étoiles du ciel.

Jacques fit signe à Éva de prendre sa place, lui baisa la main et s'assit devant elle.

Elle soupa sans faire attention qu'elle mangeait. Les émotions de la journée l'avaient affaiblie. Rien ne donne appétit comme les larmes. Tant qu'ils sont malheureux, les malheureux ne veulent pas en convenir; mais, une fois qu'ils ne le sont plus, c'est une vérité reconnue même par eux.