Un pays défendu ainsi est invahissable.
C'était ce hérissement de baïonnettes et de piques que voyait ou plutôt que sentait l'ennemi, et voilà pourquoi il a si peu insisté, si peu combattu, si peu profité du temps.
Puis, il faut le dire, le chef de cette coalition, si menaçant dans ses manifestes, était assez inerte de sa personne. Jeune, il avait eu de beaux succès guerriers sous le grand Frédéric. Il était resté brave, spirituel, plein d'expérience; mais l'abus des plaisirs continué au-delà de l'âge avait tué la détermination rapide. L'aigle était devenu myope.
Plus Jacques Mérey avançait sur la route, plus les rangs des volontaires s'épaississaient.
Un peu au-delà de Sainte-Menehould, il rencontra sur la route un bivouac. Il fit arrêter sa voiture et demanda à parler au chef du détachement.
Le chef du détachement était le colonel Galbaud, conduisant à Verdun le 17e régiment d'infanterie, un bataillon de volontaires nationaux et quatre canons.
Jacques Mérey se fit reconnaître de Galbaud. Celui-ci, par ordre de Dumouriez, venait prendre le commandement temporaire de la ville pour la défendre jusqu'à la dernière extrémité, cette place étant en ce moment une des clefs de la France.
Galbaud arrivait à marches forcées et craignait de ne pas arriver à temps.
Il chargea Jacques Mérey d'annoncer sa venue à Beaurepaire et de lui donner au besoin l'ordre de faire une sortie, si Verdun était entouré, pour protéger son arrivée.
Jacques comprit qu'il n'y avait pas de temps à perdre et ordonna aux postillons de redoubler de vitesse.