L'éloge était beau à faire. Pour arriver à cette vie d'unité dont la République avait si grand besoin, il avait fait pour l'enfant un plan d'éducation et de vie commune qui suffisait à sa gloire.
Le Pelletier avait une fille: elle fut solennellement adoptée par la France et reçut le nom sacré de fille de la République; ce fut elle qui, sous les voiles noirs et accompagnée de douze autres enfants, conduisait le deuil.
Et, en effet, c'était à des enfants de conduire le deuil de celui qui avait consacré sa vie à cette grande idée: donner une éducation sans fatigue à une enfance heureuse.
Le corps était exposé au milieu de la place Vendôme, à la place où est aujourd'hui la colonne. La poitrine du mort était nue afin que tout le monde pût voir la blessure; l'arme qui l'avait faite, tout ensanglantée encore, était à côté.
La Convention tout entière entourait le cénotaphe; au son d'une musique funèbre, le président souleva la tête du mort et lui mit une couronne de chêne et de fleurs.
Alors à son tour Jacques Mérey sortit des rangs, rejeta en arrière sa belle chevelure noire, monta deux marches, mit un pied sur la troisième, s'inclina devant le mort, et, d'une voix qui fut entendue de tous ceux non seulement qui remplissaient la place, mais qui occupaient les fenêtres comme les gradins d'un immense cirque, il prononça les paroles suivantes[C]:
«Citoyens représentants,
»Laissez-moi d'abord vous féliciter de l'unanimité que vous avez fait éclater aux yeux du monde qui avait les yeux fixés sur vous, le lendemain de la mort de Capet. Un roi égoïste a pu dire insolemment un jour: l'État, c'est moi. La Convention, dévouée au grand principe de l'unité, a pu dire depuis huit jours: la France est en moi.
»Toutes les grandes mesures que vous avez prises ont été prises à l'unanimité.
»À l'unanimité vous avez voté, le 21 janvier, l'adresse annonçant aux départements la mort du tyran; rédigée par la Convention, elle prend et donne à chacun de nous sa part de la mort qui a rendu la liberté à la France.