Il était déjà descendu de cheval pour entrer dans la maison, lorsque la tête de colonne rebroussa chemin et se porta sur lui.

Il se remit aussitôt en selle et s'éloigna au petit trot jusqu'à ce qu'il fût arrêté par un canal qui bordait un terrain marécageux.

Des cris, des injures, le mot: «Arrête! arrête!» et la marche toujours plus rapide des volontaires, qui avait pris l'allure d'une poursuite, le forcèrent à passer le canal. Mais son cheval s'étant refusé à le franchir, il abandonna l'animal rétif et le passa à pied.

Mais alors, aux cris de: «Arrête! arrête!» commencèrent de succéder des coups de fusil.

Il n'y avait pas moyen de faire face à un pareil danger, il fallait fuir. Mais Dumouriez ne pouvait fuir à pied.

Son neveu, le baron de Schomberg, qui était arrivé la veille, et qui avait couru mille dangers pour arriver jusqu'à lui, avait sauté à bas de son cheval, le pressant de le prendre. Dumouriez refusa obstinément; mais il sauta sur le cheval d'un domestique du duc de Chartres, qui, étant très leste, répondait de se sauver à pied.

Pendant ce temps-là, les coups de fusil continuaient.

Deux hussards furent tués ainsi que deux domestiques du général, dont un portait sa redingote. Thouvenot eut deux chevaux tués sous lui, et se sauva en croupe de ce même Baptiste Renard qui, ayant reformé un bataillon en déroute à Jemmapes, avait été nommé capitaine par la Convention.

Le général dit lui-même, dans ses Mémoires, que plus de dix mille coups de fusil furent tirés sur lui. Son secrétaire, Quentin, fut pris, et le cheval du général, resté de l'autre côté du canal, fut conduit en triomphe à Valenciennes.

Dumouriez ne pouvait rejoindre son camp; les volontaires lui en coupaient le chemin et ne paraissaient pas décidés à l'épargner. Il longea l'Escaut, et, toujours poursuivi d'assez près, il arriva à un bac en avant du village de Mihers.