Le soir, quand je rentrai, je trouvai, au beau milieu de ma table et de mes papiers, le manuscrit du matin. Puisque c'était une journée perdue, j'ouvris ce manuscrit.

Il y avait une lettre qui l'accompagnait. C'était le jour aux lettres anonymes; mais celle-là était encore plus étrange que les autres.

«Monsieur,

»Quand vous lirez ces quelques feuilles, celui qui les a écrites aura pour jamais disparu. Je ne laisse rien que ces pages, et je vous les donne: faites-en ce que vous voudrez....»

C'était intitulé: Invraisemblance.

Je ne sais si c'est parce qu'il faisait nuit, mais la première chose que je lus me frappa; et voici ce que je lus:

HISTOIRE D'UN MORT
RACONTÉE PAR LUI-MÊME.

Un soir de décembre, nous étions trois dans l'atelier d'un peintre. Il faisait un temps sombre et froid, et la pluie battait les vitres de son bruit continuel et monotone.

L'atelier était immense et faiblement éclairé par la lueur d'un poêle autour duquel nous étions groupés.

Quoique nous fussions tous jeunes et gais, la conversation avait pris malgré nous un reflet de cette soirée triste, et les paroles joyeuses avaient été vite épuisées.