C'étaient le président, Fritz et mademoiselle Trudchen qui s'en donnaient à coeur joie à ses dépens.
—Ah! s'écria Marie, ne voilà-t-il pas que tu te moques aussi de mon Casse-Noisette, cher papa? Il a cependant respectueusement parlé de toi, quand nous sommes entrés dans le palais de Massepains, et qu'il m'a présentée aux princesses ses soeurs.
Les éclats de rire redoublèrent de telle façon, que Marie comprit qu'il lui fallait donner une preuve de la vérité de ce qu'elle avait dit, sous peine d'être traitée comme une folle.
Elle passa alors dans la chambre voisine, et y prit une petite cassette dans laquelle elle avait soigneusement enfermé les sept couronnes du roi des souris; puis elle revint en disant:
—Tiens, chère maman, voici cependant les couronnes du roi des souris, que Casse-Noisette m'a données la nuit dernière en signe de sa victoire.
La présidente alors, pleine de surprise, prit et regarda ces petites couronnes, qui, en métal inconnu et fort brillant, étaient ciselées avec une finesse dont les mains humaines n'eussent point été capables. Le président lui-même ne pouvait cesser de les examiner, et les jugeait si précieuses, que, quelles que fussent les instances de Fritz, qui se dressait sur la pointe des pieds pour les voir, et qui demandait à les toucher, il ne voulut pas lui en confier une seule.
Alors le président et la présidente se mirent à presser Marie de leur dire d'où venaient ces petites couronnes; mais elle ne pouvait que persister dans ce qu'elle avait dit; et, quand son père, impatienté de ce qu'il croyait un entêtement de sa part, l'eut appelée menteuse, elle se mit à fondre en larmes et s'écrier:
—Hélas! pauvre enfant que je suis, que voulez-vous que je vous dise?
En ce moment, la porte s'ouvrit; le conseiller de médecine parut, et s'écria à son tour:
—Mais qu'y a-t-il donc? et qu'a-t-on fait à ma filleule Marie, qu'elle pleure, qu'elle sanglote ainsi? Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce c'est donc?