Un matin qu'en contemplation devant un champ de blé, dont les épis dorés se balançaient autour de lui, il calculait ce que ce champ pourrait lui rapporter, Carl sentit tout à coup la terre remuer sous ses pieds.
—Ce doit être une énorme taupe, se dit-il en reculant, tout prêt à assommer la bête, dès qu'elle paraîtrait.
Mais la terre s'amoncela bientôt en masses si impétueuses, que maître Carl fut renversé, et se trouva fort penaud d'avoir voulu jauger sa récolte.
Son épouvante augmenta considérablement, lorsqu'il vit s'élever de terre, non une taupe, mais un gnome de l'aspect le plus étrange, vêtu d'un beau pourpoint cramoisi, avec une longue plume flottant à son bonnet. Le gnome jeta sur Carl un regard qui ne présageait rien de bon.
—Comment vous portez-vous, fermier? dit-il avec un sourire sardonique qui déplut singulièrement à Carl.
—Qui êtes-vous, au nom du ciel? fit Carl suffoqué.
—Je n'ai rien à faire avec le nom du ciel, répliqua le gnome; car je suis un esprit malfaisant.
—J'espère que vous n'avez pas l'intention de me faire du mal? dit humblement Carl.
—En vérité, je n'en sais rien! Je me propose seulement de moissonner votre blé cette nuit, au clair de la lune, parce que mes chevaux, quoiqu'ils soient surnaturels, mangent aussi une quantité de blé tout à fait surnaturelle; en général, je récolte chez ceux qui sont le plus en état de me faire cette offrande.
—Oh! mon cher Monsieur, s'écria Carl, je suis le fermier le plus pauvre de tout le district; j'ai une soeur à ma charge, et j'ai éprouvé de terribles et nombreuses pertes.