Puis, débarrassé de son cavalier, le cheval partit à fond de train, et Dieu sait où il se fût arrêté, si un paysan qui conduisait une vache ne lui eût barré le chemin.
Nicolas se releva, et, tout froissé, se mit à courir après le cheval, que le paysan tenait par la bride; mais, tout triste de sa déconfiture, il dit au brave homme:
—Merci, mon ami!… C'est une sotte chose que d'aller à cheval, surtout quand on a une rosse comme celle-ci, qui rue, et, en ruant, vous démonte son homme de manière à lui casser le cou. Quant à moi, je sais bien une chose, c'est que jamais je ne remonterai dessus. Ah! continua Nicolas avec un soupir, j'aimerais bien mieux une vache; on la suit à son aise par derrière, et l'on a, en outre, son lait par-dessus le marché, sans compter le beurre et le fromage. Foi de Nicolas! je donnerais bien des choses pour avoir une vache comme la vôtre.
—Eh bien, dit le paysan, puisqu'elle vous plaît tant, prenez-la; je consens à l'échanger contre votre cheval.
Nicolas fut transporté de joie: il prit la vache par son licol; le paysan enfourcha le cheval et disparut.
Et Nicolas se remit en route, chassant la vache devant lui, et songeant à l'admirable marché qu'il qu'il venait de faire.
Il arriva à une auberge, et, dans sa joie, il mangea tout ce qu'il avait emporté de chez son maître, c'est-à-dire un excellent morceau de pain et de fromage; puis, comme il avait deux liards dans sa poche, il se fit servir un demi-verre de bière et continua de conduire sa vache du côté de son village
Vers midi, la chaleur devint étouffante, et, juste en ce moment, Nicolas se trouvait au milieu d'une lande qui avait bien encore deux lieues de longueur.
La chaleur était si insupportable, que le pauvre Nicolas en tirait la langue de trois pouces hors de la bouche.
—Il y a un remède à cela, se dit Nicolas: je vais traire ma vache et me régaler de lait.