Plus tard, lorsqu'il eut vu où cette science le conduisait et combien elle le faisait dévier de la route qu'il eût voulu suivre, il ajoutait à ces mots: La reine sait tout!
—Et cependant elle fait plus de sottises que moi, qui ne suis qu'un âne!
Mais il n'en commença pas moins à subir l'influence de cet esprit supérieur, et il se soumit aux leçons qu'elle lui proposa: elle lui apprit littéralement, comme nous l'avons déjà dit, à lire et à écrire; mais ce qu'elle ne put lui apprendre, ce furent ces façons élégantes des cours du Nord, ce soin de soi-même, si rare surtout dans les pays chauds, où l'eau devrait être non-seulement un besoin, mais encore un plaisir; cette sympathie féminine pour les fleurs et pour les parfums que la toilette leur demande; ce babillage doux et charmant, enfin, qui semble emprunté moitié au murmure des ruisseaux, moitié au ramage des fauvettes et des rossignols.
La supériorité de Caroline humiliait Ferdinand; la grossièreté de Ferdinand répugnait à Caroline.
Il est vrai que cette supériorité, incontestable aux yeux de son époux, prévenu, pouvait être, à la rigueur, contestée par les gens véritablement instruits, qui ne voyaient dans le bavardage de la reine que le résultat de cette science superficielle qui gagne en étendue ce qu'elle perd en profondeur. Peut-être, en effet, en la jugeant comme elle devait être jugée, eût-on trouvé en elle plus de babil que de raisonnement, et surtout ce pédantisme particulier aux princes de la maison de Lorraine dont étaient si profondément atteints ses frères Joseph et Léopold: Joseph parlant toujours sans jamais laisser à personne le temps de lui répondre; Léopold, véritable maître d'école, plus fait pour tenir la férule d'Orbelius que le sceptre de Charlemagne.
Ainsi était la reine. Elle avait un petit manuscrit d'écriture très-fine, composé par elle-même à son usage et contenant les opinions des philosophes depuis Pythagore jusqu'à Jean-Jacques Rousseau, et, lorsqu'elle devait recevoir des hommes sur lesquels elle voulait faire une certaine impression, elle repassait son manuscrit, et, selon les circonstances, plaçait dans sa conversation les maximes qu'il contenait.
Ce qu'il y avait de bizarre, c'est que, tout en faisant l'esprit fort, la reine donnait dans toutes les superstitions populaires qui agitaient les classes inférieures de la population de Naples.
Nous citerons deux exemples de cette superstition; nous avons à peindre dans le livre que nous écrivons non-seulement des rois, des princes, des courtisans, des hommes qui sacrifient leur vie à un principe et des hommes qui sacrifient tous les principes à l'or et aux faveurs, mais encore un peuple mobile, superstitieux, ignorant, féroce: disons donc à l'aide de quels moyens ce peuple est soulevé ou calmé.
Ce qui soulève l'Océan, c'est la tempête; ce qui soulève le peuple de Naples, c'est la superstition.
Il y avait à Naples une femme que l'on appelait la sainte des pierres.