Elle prétendait, sans être aucunement malade, rendre tous les jours une certaine quantité de petites pierres qu'elle distribuait comme des reliques, vu son état de santé, aux fidèles qui avaient foi en elles. Ces pierres, nonobstant le chemin qu'elles avaient suivi pour arriver à la lumière, avaient le privilége de faire des miracles, et, au bout de quelque temps, étaient entrées en concurrence avec les reliques des saints les plus accrédités de Naples.

Cette prétendue sainte, quoique non malade, avait été, sur la demande de son confesseur et de son médecin, transportée au grand hôpital des Pellegrini de Naples, où elle jouissait de la nourriture des directeurs et de la plus belle chambre de l'établissement. Une fois établie dans cette chambre, grâce à la connivence du confesseur et des chirurgiens qui y trouvaient leur compte, elle jouait à grand orchestre la farce de la vente des pierres miraculeuses.

Nous disons à tort la vente; non, les pierres ne se vendaient pas, elles se donnaient; mais la sainte, qui avait fait voeu de ne pas toucher d'argent monnayé, acceptait des vêtements, des bijoux, des cadeaux de toute espèce enfin, en toute humilité et pour l'amour du Seigneur.

Ce petit commerce, dans tout autre pays que Naples, eût conduit la prétendue sainte à la police correctionnelle ou aux Petites-Maisons; à Naples, c'était un miracle de plus, voilà tout.

Eh bien, la reine fut une des plus ardentes adeptes de la sainte des pierres; elle lui envoyait des présents et lui écrivait elle-même—la reine était prodigue de son écriture—pour se recommander à ses prières, sur lesquelles elle comptait pour l'accomplissement de ses voeux.

On comprend que, du moment qu'on vit la reine en personne et une reine philosophe, recourir à la sainte, les doutes, s'il en restait, disparurent ou firent semblant de disparaître.

La science seule resta incrédule.

Or, la science, à cette époque, la science médicale voulons-nous dire, était représentée par ce même Dominique Cirillo, que nous avons vu apparaître au palais de la reine Jeanne pendant cette soirée d'orage où l'envoyé de Championnet aborda avec tant de difficulté le rocher sur lequel est bâti le palais; or, Dominique Cirillo, homme de progrès, qui eût voulu voir sa patrie suivre le mouvement de la terre, auquel elle semblait ne point participer, Dominique Cirillo jugea honteux pour Naples, au moment où éclataient sur le monde les lumières encyclopédiques, d'y laisser jouer cette comédie à peine digne de s'accomplir dans les ténèbres du XIIe ou du XIIIe siècle.

Il commença, en conséquence, par aller trouver le chirurgien qui servait de compère à la sainte et essaya d'obtenir de lui l'aveu de sa fourberie.

Le chirurgien affirma qu'il y avait miracle.