—Cette lettre est en français, dit-il du ton dont il eût dit: «Cette lettre est en hébreu.»

Puis, la passant à Ruffo, comme s'il se fiait à lui seul:

—Monsieur le cardinal, dit-il, traduisez-nous cette lettre en italien.

Ruffo prit la lettre, et, au milieu du plus profond silence, lut ce qui suit:

«Citoyen ambassadeur,

»Arrivé à Rome depuis quelques jours seulement, je crois qu'il est de mon devoir de porter à votre connaissance l'état dans lequel se trouve l'armée que je suis appelé à commander, afin que, sur les notes précises que je vais vous donner, vous puissiez régler la conduite que vous avez à tenir vis-à-vis d'une cour perfide qui, poussée par l'Angleterre, notre éternelle ennemie, n'attend que le moment favorable pour nous déclarer la guerre...»

A ces derniers mots, la reine et Nelson se regardèrent en souriant. Nelson n'entendait ni le français ni l'italien; mais probablement une traduction anglaise de cette lettre lui avait été faite à l'avance.

Ruffo continua, ce signe n'ayant point interrompu la lecture.

«D'abord, cette armée, qui se monte au chiffre de 35,000 hommes sur le papier, n'est, en réalité, que de 8,000 hommes, lesquels manquent de chaussures, de vêtements, de pain, et, depuis trois mois, n'ont pas reçu un sou de solde. Ces 8,000 hommes n'ont que 180,000 cartouches à se distribuer, ce qui nous fait quinze coups à tirer par homme; aucune place n'est approvisionnée même en poudre, et l'on en a manqué à Civita-Vecchia pour tirer sur un vaisseau barbaresque qui est venu observer la côte...»

—Vous entendez, sire, dit la reine.