—Qu'il entre, dit Championnet, qu'il entre! il ne faut jamais faire attendre nos amis et encore moins nos ennemis.

Le jeune homme entra; il avait entendu les dernières paroles du général, et, le sourire sur les lèvres, saluant avec beaucoup de grâce et de courtoisie, tandis que Thiébaut transmettait à l'officier de service les trois ordres que venait de lui donner Championnet:

—Vos amis se sont toujours trouvés bien et vos ennemis se sont souvent trouvés mal de l'application de cette maxime, général, dit-il; ne me traitez donc pas en ennemi.

Championnet s'avança au-devant de lui, et, lui tendant la main:

—Sous mon toit, monsieur, il n'y a plus d'ennemi, il n'y a que des hôtes, répliqua le général; soyez donc le bienvenu, dussiez-vous m'apporter la guerre dans un pan de votre manteau.

Le jeune homme salua de nouveau et remit au commandant en chef la dépêche de Mack.

—Si ce n'est point la guerre, dit-il, c'est au moins quelque chose qui y ressemble beaucoup.

Championnet décacheta la lettre, la lut sans qu'un seul mouvement de son visage décelât l'impression qu'il en ressentait; quant au messager, sachant ce que contenait cette dépêche, puisque c'était lui qui l'avait écrite, mais n'en approuvant ni la forme ni le fond, il suivait avec anxiété les yeux du général passant d'une ligne à l'autre. Arrivé à la dernière ligne, Championnet sourit et mit la dépêche dans sa poche.

—Monsieur, dit-il s'adressant au jeune messager, l'honorable général Mack me dit que vous avez quatre heures à passer avec moi, je l'en remercie, et, je vous préviens que je ne vous fais pas grâce d'une minute.

Il tira sa montre.