»Je vous envoie, pour brûler à votre nuit de Noël, deux grosses bûches tirées de l'arbre de la Liberté de la place de la Rotonde; chauffez-vous bien, vous et tous les enfants, et pensez en vous chauffant à votre époux et à votre père, qui vous aime.
»Je rends demain un édit pour remettre un peu de bon ordre parmi tous ces juifs, les faire rentrer dans leur Ghetto et les soumettre à une sage discipline. Je vous enverrai copie de cet édit aussitôt qu'il sera rendu.
»Annoncez à Naples les faveurs dont me comble la bonté divine; faites chanter un Te Deum par notre archevêque Capece Zurlo, que je suppose fort d'être entaché de jacobinisme; ce sera sa punition; ordonnez des fêtes publiques et invitez Vanni à presser l'affaire de ce damné Nicolino Caracciolo.
»Je vous tiendrai au courant des succès de notre illustre général Mack au fur et à mesure que je les apprendrai moi-même.
»Conservez-vous en bonne santé et croyez en l'affection sincère et éternelle de votre écolier et époux.
FERDINAND B.
»P.-S.—Présentez bien mes respects à Mesdames. Pour être un peu ridicules, ces bonnes princesses n'en sont pas moins les augustes filles du roi Louis XV. Vous pourriez autoriser Airola à faire une petite paye à ces sept Corses qui leur ont servi de gardes du corps et qui leur sont recommandés par le comte de Narbonne, lequel a été, je crois, un des derniers ministres de votre chère soeur Marie-Antoinette; cela leur ferait plaisir et ne nous engagerait à rien.»
Le lendemain, en effet, Ferdinand, comme il l'écrivait à Caroline, rendait ce décret qui n'était que la remise en vigueur de l'édit aboli par la soi-disant république romaine.
Notre conscience d'historien ne nous permet point de changer une syllabe à ce décret; c'est, au reste, la loi encore en vigueur à Rome aujourd'hui:
«ARTICLE PREMIER. Aucun israélite résidant soit à Rome, soit dans les États romains, ne pourra plus loger ni nourrir de chrétiens, ni recevoir de chrétiens à son service, sous peine d'être puni d'après les décrets pontificaux.