—C'est pour cela.
—Et... (la jeune femme fit un effort), et quand partez-vous? demanda-t-elle.
—J'étais résolu à partir ce soir à neuf heures, Luisa; mais je ne vous avais pas revue!...
—Et maintenant que vous m'avez revue...?
—Je partirai quand vous voudrez.
—Vous êtes bon et doux comme un enfant, Salvato, vous, le guerrier terrible! Vous partirez ce soir, mon ami, à l'heure que vous aviez résolu de partir.
Salvato la regarda avec étonnement.
—Avez-vous cru, continua la jeune femme, que je vous aimerais si mal et aurais si peu de gloire de moi-même, que de vous conseiller jamais de faire quelque chose contre votre honneur? Votre départ me coûtera bien des larmes, Salvato, et je serai bien malheureuse quand vous serez parti, car cette âme inconnue que vous avez apportée avec vous et mise en moi, vous l'emporterez avec vous, et Dieu seul peut savoir ce qu'il y aura de tristesse et de solitude dans le vide qui va se faire autour de mon coeur... O pauvre chambre déserte! continua-t-elle en regardant autour d'elle tandis que deux grosses larmes coulaient de ses yeux sans altérer la profonde suavité de sa voix, combien de fois je viendrai, la nuit, chercher le rêve au lieu de la réalité! comme tous ces vulgaires objets vont me devenir chers et se poétiser par votre absence! Ce lit où vous avez souffert, ce fauteuil où j'ai veillé près de vous, ce verre où vous avez bu, cette table où vous vous êtes appuyé, ce rideau que j'écartais pour laisser parvenir jusqu'à vous un rayon de soleil, tout me parlera de vous, mon ami, tandis qu'à vous rien ne parlera de moi...
—Excepté mon coeur, Luisa, qui est plein de vous!
—Si cela est, Salvato, vous êtes moins malheureux que moi; car vous continuerez à me voir: vous savez les heures qui sont à moi ou plutôt qui étaient à vous; votre absence n'y changera rien, mon ami; vous me verrez entrer dans cette chambre ou en sortir aux mêmes heures où j'y entrais et en sortais quand vous étiez là. Pas un des jours, pas un des instants que nous avons passés dans cette chambre ne sera oublié, tandis que, moi, où vous chercherai-je? Sur les champs de bataille, au milieu du feu et de la fumée, parmi les blessés ou les morts!... Oh! écrivez-moi, écrivez-moi, Salvato! ajouta la jeune femme en poussant un cri de douleur.