—Vous savez une chose, général?
—Laquelle?
—C'est qu'il ne faut attendre aucune complaisance de Ferrari; c'est un homme entièrement au roi et que l'on assure incorruptible.
—Bon! Philippe, père d'Alexandre, disait qu'il n'y avait point de forteresse imprenable, tant qu'y pouvait entrer un mulet chargé d'or; nous verrons à combien le courrier Ferrari estimera son incorruptibilité.
—Et, si Ferrari refuse, quelle que soit la somme offerte; s'il dit au roi que la reine et son ministre ont tenté de le séduire, que pensera le roi, qui devient de plus en plus défiant?
—Votre Majesté sait qu'à mon avis le roi l'a toujours été, défiant; mais je crois qu'il y a un moyen qui met hors de cause Votre Majesté et moi.
—Lequel?
—Celui de lui faire faire les propositions par sir William. Si Ferrari est homme à se laisser acheter, il se laissera aussi bien acheter par sir William que par nous, d'autant plus que sir William ambassadeur d'Angleterre, a près de lui le prétexte de vouloir instruire sa cour des véritables dispositions de l'empereur d'Autriche. S'il accepte,—et il ne court aucun risque à accepter, car on ne lui demande rien que de prendre lecture de la lettre, la remettre dans son enveloppe et la recacheter;—s'il accepte, tout va bien; s'il est assez l'ennemi de ses intérêts pour refuser, au contraire, sir Hamilton lui donne une centaine de louis pour qu'il garde le secret sur la tentative faite; enfin, au pis aller de tout, s'il refuse les cent louis et ne garde pas le secret, sir William rejette tout ce que la tentative a de...—comment dirai-je cela?—de hasardé, sur la grande amitié qu'il porte à son frère de lait le roi George; si cette excuse ne lui suffit pas, il demandera au roi, sur sa parole d'honneur, si, en pareille circonstance, il n'en ferait pas autant que lui, sir William. Le roi se mettra à rire et ne donnera point sa parole d'honneur. En somme, le roi a trop grand besoin de sir William Hamilton, dans la position où il se trouve, pour lui garder une longue rancune.
—Vous croyez que sir William consentira?...
—Je lui en parlerai, et, si cela ne suffit pas, Votre Majesté lui en fera parler par sa femme.