—Que veut dire cela, monsieur? demanda fièrement Nelson.

—Que, si vous étiez Napolitain au lieu d'être Anglais, milord, vous parleriez autrement.

—Et pourquoi parlerais-je autrement si j'étais Napolitain?

—Parce que vous consulteriez l'honneur de votre pays, au lieu de consulter l'intérêt de la Grande-Bretagne.

—Et quel intérêt la Grande-Bretagne a-t-elle au conseil que je donne au roi, monsieur?

—En faisant le péril plus grand, on demandera une récompense plus grande. On sait que l'Angleterre veut Malte, milord.

—L'Angleterre a Malte, monsieur; le roi la lui a donnée.

—Oh! sire, fit Caracciolo avec le ton du reproche, on me l'avait dit, mais je n'avais pas voulu le croire.

—Et que diable voulais-tu que je fisse de Malte? dit le roi. Un rocher bon à faire cuire des oeufs au soleil!

—Sire, dit Caracciolo sans plus s'adresser à Nelson, je vous supplie, au nom de tout ce qu'il y a de coeurs vraiment napolitains dans le royaume, de ne plus écouter les conseils étrangers, qui mettent votre trône à deux doigts de l'abîme. M. Acton est étranger, sir William Hamilton est étranger, milord Nelson lui-même est étranger; comment voulez-vous qu'ils soient justes dans l'appréciation de l'honneur napolitain?