Là, nous l'avons dit, une table était dressée: on y mit autant de couverts qu'il y avait de soldats. Les quelques officiers dînaient, ou plutôt devaient dîner à l'intérieur avec le syndic, les adjoints et le corps municipal, représentés par Gaetano Mammone et les principaux brigands enrôlés sous ses ordres.

Les soldats, enchantés de l'accueil qui leur était fait, mirent leurs fusils en faisceaux à dix pas de la table préparée pour eux; les femmes leur enlevèrent leurs sabres, avec lesquels les enfants s'amusèrent à jouer aux soldats; puis ils s'assirent, les bouteilles furent débouchées et les verres emplis.

Le capitaine Trémeau, un lieutenant et deux sergents s'asseyaient en même temps dans la salle basse.

Les hommes de Mammone se glissèrent entre la table et les fusils, qu'en se mettant en route, le capitaine, pour plus de précaution, avait fait charger; les officiers furent espacés à la table intérieure, de manière à avoir entre chacun d'eux trois ou quatre brigands.

Le signal du massacre devait être donné par Mammone: il lèverait à l'une des fenêtres le crâne de l'aide de camp Claie, plein de vin, et porterait la santé du roi Ferdinand.

Tout se passa comme il avait été ordonné. Mammone s'approcha de la fenêtre, emplit de vin, sans être vu, le crâne encore sanglant du malheureux officier, le prit par les cheveux comme on prend une coupe par le pied, et, paraissant à la fenêtre du milieu, le leva en portant le toast convenu.

Aussitôt, la population tout entière y répondit par le cri:

—Mort aux Français!

Les brigands se précipitèrent sur les fusils en faisceaux; ceux qui, sous prétexte de les servir, entouraient les Français, se retirèrent en arrière; une fusillade éclata à bout portant, et les républicains tombèrent sous le feu de leurs propres armes. Ceux qui avaient échappé ou qui n'étaient que blessés furent égorgés par les femmes et par les enfants, qui s'étaient emparés de leurs sabres.

Quant aux officiers placés dans l'intérieur de la salle, ils voulurent s'élancer au secours de leurs soldats; mais chacun d'eux fut maintenu par cinq ou six hommes, qui les retinrent à leurs places.