—Et qui vous dit, milord, qu'il ne s'y est pas mis ou ne va pas s'y mettre?

—S'il y était, madame, nous en saurions quelque chose; un César allemand ne se met point en marche avec une armée de deux cent mille hommes, sans que la terre tremble quelque peu; et, s'il n'y est pas à cette heure, c'est qu'il ne s'y mettra pas avant le mois d'avril.

—Mais, demanda Emma, n'a-t-il point écrit au roi d'entrer en campagne, assurant que, quand le roi serait à Rome, il s'y mettrait à son tour?

—Oui, je le crois, balbutia la reine.

—Avez-vous vu de vos yeux la lettre, madame? demanda Nelson fixant son oeil gris sur la reine, comme si elle était une simple femme.

—Non; mais le roi l'a dit à M. Acton, dit la reine en balbutiant. Au reste, en supposant que nous nous fussions trompés, ou que l'empereur d'Autriche nous eût trompés, faudrait-il donc désespérer pour cela?

—Je ne dis pas précisément qu'il faudrait désespérer; mais j'aurais bien peur que l'armée napolitaine seule ne fût pas de force à soutenir le choc des Français.

—Comment! vous croyez que les dix mille Français de M. Championnet peuvent vaincre soixante mille Napolitains commandés par le général Mack, qui passe pour le premier stratégiste de l'Europe?

—Je dis, madame, que toute bataille est douteuse, que le sort de Naples dépend de celle qui s'est livrée hier, je dis enfin que si, par malheur, Mack était battu, dans quinze jours les Français seraient à Naples.

—Oh! mon Dieu! que dites-vous là? murmura madame Adélaïde en pâlissant. Comment! nous aurions encore besoin de reprendre nos manteaux de pèlerines? Entendez-vous ce que dit milord Nelson ma soeur?