—Enfin, n'est-ce point à propos des fêtes que, dans notre enthousiasme pour vous, nous vous avons données, que cette guerre a éclaté? Non, Nelson, le sort du royaume des Deux-Siciles est lié à vous, et vous êtes lié, vous, au sort de ses souverains. On dira dans l'avenir: «Ils étaient abandonnés de tous, de leurs alliés, de leurs amis, de leurs parents; ils avaient le monde contre eux, ils eurent Nelson pour eux, Nelson les sauva.»
Et, dans le geste que fit la reine en prononçant ces paroles, elle étendit la main vers Nelson; Nelson saisit cette main, mit un genou en terre et la baisa.
—Madame, dit Nelson se laissant aller à l'enthousiasme de la flatterie de la reine, Votre Majesté me promet une chose?
—Vous avez le droit de tout demander à ceux qui vous devront tout.
—Eh bien, je vous demande votre parole royale, madame, que, du jour où vous quitterez Naples, ce sera le vaisseau de Nelson, et nul autre, qui conduira en Sicile votre personne sacrée.
—Oh! ceci, je vous le jure, Nelson, et j'ajoute que, là où je serai, ma seule, mon unique, mon éternelle amie, ma chère Emma Lyonna sera avec moi.
Et, d'un mouvement plus passionné peut-être que ne le permettait cette amitié, toute grande qu'elle était, la reine prit la tête d'Emma entre ses deux mains, l'approcha vivement de ses lèvres et la baisa sur les deux yeux.
—Ma parole vous est engagée, madame, dit Nelson. A partir de ce moment, vos amis sont mes amis et vos ennemis mes ennemis, et, dussé-je me perdre en vous sauvant, je vous sauverai.
—Oh! s'écria Emma, tu es bien le chevalier des rois et le champion des trônes! tu es bien tel que j'avais rêvé l'homme auquel je devais donner tout mon amour et tout mon coeur!
Et, cette fois, ce ne fut plus sur le front cicatrisé du héros, mais sur les lèvres frémissantes de l'amant que la moderne Circé appliqua ses lèvres.