Giovannina vint ouvrir, et, en voyant le jeune homme, ne put s'empêcher de pousser un cri de surprise: ce n'était jamais par là qu'il entrait.
Salvato ne se préoccupa point de son étonnement et ne s'inquiéta point de son cri.
—Ta maîtresse est là? lui demanda-t-il.
Et, comme elle ne répondait point, fascinée qu'elle semblait par son regard, il l'écarta doucement de la main et s'avança vers le perron, sans même s'apercevoir que Giovannina la lui avait saisie et l'avait serrée avec une passion que, d'ailleurs, il attribua peut-être à la crainte qu'une situation si précaire faisait naître dans les plus fermes esprits, à plus forte raison dans celui de Giovannina.
Luisa était dans la même chambre où Salvato l'avait laissée. Au bruit inattendu de son pas, à la surprise qu'elle éprouva en l'entendant venir du côté opposé à celui par lequel elle l'attendait, elle se leva vivement, alla vers la porte et l'ouvrit. Salvato se trouva en face d'elle.
Le jeune homme lui prit les deux mains, et, la regardant quelques secondes avec un sourire d'une ineffable douceur et en même temps d'une inexprimable tristesse:
—Tout est perdu! lui dit-il. Dans huit jours, le cardinal Ruffo et ses hommes seront sous les murs de Naples, et il sera trop tard pour prendre un parti. Il faut donc prendre ce parti à l'instant même.
Luisa, de son côté, le regardait avec étonnement mais sans crainte.
—Parle, dit-elle, je t'écoute.
—Il y a trois choses à faire dans les circonstances où nous nous trouvons, continua Salvato.