Salvato avait aussi compris la gravité du fait, et était sorti pour le vérifier.
Deux heures après, il n'avait plus aucun doute: les Russes avaient fait leur jonction avec le cardinal, et les Turcs étaient près de faire la leur.
La journée n'était point achevée encore, que le bruit s'en était déjà répandu par toute la ville.
Salvato, en rentrant au palais d'Angri, avait trouvé des nouvelles plus désastreuses encore.
Ettore Caraffa, le héros d'Andria et de Trani, était bloqué par Pronio à Pescara, et ne pouvait venir au secours de Naples, qui le considérait cependant comme un de ses plus braves défenseurs.
Bassetti, nommé par Macdonald, avant son départ de Naples, général en chef des troupes régulières, battu par Fra-Diavolo et Mammone, venait de rentrer blessé à Naples.
Schipani, attaqué et battu sur les rives du Sarno, s'était arrêté seulement à Torre-del-Greco et s'était enfermé avec une centaine d'hommes dans le petit fort de Granatello.
Enfin, Manthonnet, le ministre de la guerre, Manthonnet lui-même, qui avait marché contre Ruffo et qui avait compté qu'Ettore Caraffa se joindrait à lui, Manthonnet, privé du secours de ce brave capitaine, n'avait pu, au milieu des populations, qui, excitées par l'exemple de Castelluccio, se soulevaient menaçantes, n'avait pu arriver jusqu'à Ruffo, et, sans avoir dépassé Baïa, avait été contraint de battre en retraite.
Salvato, à la lecture de ces nouvelles fatales, demeura un instant pensif; puis il parut avoir pris une résolution, descendit rapidement dans la rue, sauta dans un calessino et se fit conduire à la maison du Palmier.
Cette fois, il ne prit point la précaution d'entrer par la maison de la duchesse Fusco: il alla droit à cette petite porte du jardin qui s'était si heureusement ouverte pour lui pendant la nuit du 22 au 23 septembre, et y sonna.