Se voyant reconnu, Coscia prit, selon l'habitude napolitaine, la main du cardinal et la baisa; et, comme le cardinal comprit bien que ce n'était point le hasard qui amenait les deux voyageurs au-devant de lui, il les conduisit hors du camp russe, dans une maison isolée, où il put, en toute tranquillité, causer avec eux.
—Vous venez de Naples? demanda le cardinal.
—Nous en sommes partis hier matin, répondit Coscia.
—Vous pouvez me donner des nouvelles fraîches, alors?
—Oui, monseigneur, d'autant mieux que nous-mêmes en venions chercher auprès de Votre Éminence.
En effet, les deux messagers étaient envoyés par le comité royaliste. Ce qui préoccupait le plus tout à la fois les bourgeois et les patriotes, c'était de savoir positivement si les Russes étaient ou n'étaient point arrivés, la coopération des Russes étant une grande garantie pour la réussite de l'expédition sanfédiste, puisqu'elle avait pour appui le plus puissant des empires, numériquement parlant.
Sous ce rapport, le cardinal put satisfaire pleinement les deux envoyés. Il les fit passer au milieu des rangs moscovites, leur assurant que ce n'était que l'avant-garde et que l'armée venait derrière.
Les deux voyageurs, quoique moins incrédules que saint Thomas, purent cependant faire comme lui: voir et toucher.
Ce qu'ils touchèrent particulièrement, ce fut un sac de pièces russes que le cardinal leur remit pour distribuer aux bons amis du Marché-Vieux.
On a vu que maître Coscia s'était acquitté de son message en conscience, puisqu'un des roubles était parvenu jusqu'à Salvato.