—Tous! s'écrièrent les membres du directoire en se levant d'un seul élan.

—Je n'en doute pas, continua Salvato avec son calme ordinaire; mais mourir pour la patrie n'est pas sauver la patrie, et il faut, avant tout, sauver la patrie; car sauver la patrie, c'est sauver la République, et sauver la République, c'est fixer sur cette malheureuse terre l'intelligence, le progrès, la légalité, la lumière, la liberté, qui, avec le retour de Ferdinand, disparaîtraient pour un demi-siècle, pour un siècle peut-être.

Les auditeurs ne répondirent que par le silence, tant le raisonnement était juste et impossible à combattre.

Salvato continua:

—Lorsque Macdonald a été rappelé dans la haute Italie et que les Français ont quitté Naples, je vous ai vus, joyeux, vous féliciter d'être enfin libres. Votre amour-propre national, votre patriotisme de terroir vous aveuglaient; vous veniez de refaire votre premier pas vers l'esclavage.

Une vive rougeur passa sur le front des membres du directoire; Manthonnet murmura:

—Toujours l'étranger!

Salvato haussa les épaules.

—Je suis plus Napolitain que vous, Manthonnet, dit-il, puisque votre famille, originaire de Savoie, habite Naples depuis cinquante ans seulement; moi, je suis de la Terre de Molise, mes aïeux y sont nés, mes aïeux y sont morts. Dieu me donne ce suprême bonheur d'y mourir comme eux!

—Écoutez, dit une voix, c'est la sagesse qui parle par la voix de ce jeune homme.