—Mais, demanda le président, tandis que tu conduiras tes quinze mille Napolitains et tes mille Français contre Ruffo, qui veillera à la sûreté et à la tranquillité de la ville?
—Ah! dit Salvato, vous venez de toucher le seul écueil: c'est un sacrifice à faire, c'est un parti terrible à prendre. Les patriotes se réfugieront dans les forts et les garderont en se gardant eux-mêmes.
—Mais la ville! la ville! répétèrent les directeurs en même temps que le président.
—C'est huit jours, dix jours d'anarchie peut-être à risquer!
—Dix jours d'incendie, de pillage, de meurtres! répéta le président.
—Nous reviendrons victorieux et nous châtierons les rebelles.
—Leur châtiment rebâtira-t-il les maisons brûlées? reconstruira-t-il les fortunes détruites? rendra-t-il la vie aux morts?
—Dans vingt ans, qui s'apercevra que vingt maisons ont été brûlées, que vingt fortunes ont été détruites, que vingt existences ont été tranchées? L'important est que la République triomphe: car, si elle succombe, sa chute sera suivie de mille injustices, de mille malheurs, de mille morts.
Les directeurs se regardèrent.
—Passe donc dans la chambre voisine, dit le président à Salvato, nous allons délibérer.