—Attendez, répondit Salvato toujours calme; car ce n'est point cinq cent mille francs qu'il me faut, c'est un million.

—Raison de plus. Je le répète, où prendrez-vous un million, quand nous n'avons peut-être pas dix mille ducats en caisse?

—Donnez-moi pouvoir sur la vie et sur les biens de dix riches citoyens que je vous désignerai par leur nom, et, demain, le million sera ici, apporté par eux-mêmes.

—Citoyen Salvato, s'écria le président, vous nous proposez là ce que nous reprochons à nos ennemis de faire.

—Salvato! murmura Cirillo.

—Attendez, dit le jeune homme. J'ai demandé à être écouté jusqu'au bout, et, à chaque instant, vous m'interrompez.

—C'est vrai, nous avons tort, dit Cirillo en s'inclinant. Parlez.

—J'ai, à la connaissance de tous, reprit Salvato, pour deux millions de biens, de masseries, de terres, de maisons, de propriétés enfin, dans la province de Molise. Ces deux millions de propriétés, je les donne à la nation. Naples sauvée, Ruffo en fuite ou pris, la nation fera vendre mes terres et remboursera les dix citoyens qui m'auront prêté ou plutôt qui lui auront prêté cent mille francs.

Un murmure d'admiration se fit entendre parmi les directeurs. Manthonnet jeta ses bras au cou du jeune homme.

—Je demandais à servir sous toi comme lieutenant, dit-il; veux-tu de moi comme simple volontaire?