LVIX
LA MARSEILLAISE NAPOLITAINE
Ce même jour, il y avait grande soirée à Saint-Charles.
On chantait les Horaces et les Curiaces, un des cent chefs-d'œuvre de Cimarosa. On n'eût jamais dit, en voyant cette salle éclairée à giorno, ces femmes élégantes et parées comme pour une fête, ces jeunes gens qui venaient de déposer le fusil en entrant dans la salle et qui allaient le reprendre en sortant, on n'eût jamais dit qu'Annibal fût si près des portes de Rome.
Entre le deuxième et le troisième acte, la toile se leva, et la principale actrice du théâtre, sous le costume du génie de la patrie, tenant un drapeau noir à la main, vint annoncer les nouvelles que nous connaissons déjà, et qui ne laissaient aux patriotes d'autre alternative que d'écraser, par un suprême effort, le cardinal au pied des murailles de Naples ou de mourir eux-mêmes en les défendant.
Ces nouvelles, si terribles qu'elles fussent, n'avaient point découragé les spectateurs qui les écoutaient. Chacune d'elles avait été accueillie par les cris de «Vive la liberté! mort aux tyrans!»
Enfin, lorsqu'on apprit la dernière, c'est-à-dire la défaite et le retour de Manthonnet, ce ne fut plus seulement du patriotisme, ce fut de la rage; on cria de tous côtés:
—L'hymne à la liberté! l'hymne à la liberté!
L'artiste qui venait de lire le sinistre bulletin salua, indiquant qu'elle était prête à dire l'hymne national, lorsque tout à coup on aperçut dans une loge Éléonore Pimentel entre Monti, l'auteur des paroles, et Cimarosa, l'auteur de la musique.
Un seul cri retentit alors par toute la salle:
—La Pimentel! la Pimentel!