Le 31, on apprit que le cardinal était arrivé à Nola, c'est-à-dire qu'il n'était plus qu'à sept ou huit lieues de Naples.

LX
OÙ SIMON BACKER DEMANDE UNE FAVEUR

Dans un des cachots du Château-Neuf, dont la fenêtre grillée d'un triple barreau donnait sur la mer, deux hommes, l'un de cinquante-cinq à soixante ans, l'autre de vingt-cinq à trente, couchés tout habillés sur leur lit, écoutaient avec une attention plus qu'ordinaire cette mélopée lente et monotone des pêcheurs napolitains, tandis que la sentinelle, placée auprès de la muraille et dont la consigne était d'empêcher les prisonniers de fuir, mais non les pêcheurs de chanter, se promenait insoucieusement sur l'étroite bande de terre qui empêche les tours aragonaises de plonger à pic dans la mer.

Certes, si mélomanes que fussent ces deux hommes, ce n'était point l'harmonie du chant qui pouvait fixer ainsi leur attention. Rien de moins poétique et surtout rien de moins harmonieux que le rhythme sur lequel le peuple napolitain module ses interminables improvisations.

Il y avait donc pour eux évidemment dans les paroles un intérêt qu'il n'y avait pas dans le prélude; car, au premier couplet, le plus jeune des deux prisonniers se dressa sur son lit, saisit vigoureusement les barreaux de fer, se hissa jusqu'à la fenêtre et plongea son regard ardent à travers les ténèbres pour tâcher de voir le chanteur à la pâle et vacillante lueur de la lune.

—J'avais reconnu sa voix, dit le plus jeune des deux hommes, celui qui regardait et qui écoutait: c'est Spronio, notre premier garçon de banque.

—Écoutez ce qu'il dit, André, dit le plus vieux des deux hommes avec un accent allemand très-prononcé: vous comprenez mieux que moi le dialecte napolitain.

—Chut, mon père! dit le jeune homme, car le voilà qui s'arrête en face de notre fenêtre comme pour jeter ses filets. Sans doute a-t-il quelque bonne nouvelle à nous apprendre.

Les deux hommes se turent, et le faux pécheur commença de chanter.

Notre traduction rendra mal la simplicité du récit, mais elle en donnera au moins le sens.